• Olga

Les étoiles s'éteignent à l'aube ...puis se rallument.

Mis à jour : 19 oct. 2020



"De temps à autre, le garçon attrapait un autre morceau de bois qu'il lançait dans le feu. Il fixait le ciel au-dessus de lui. Les étoiles dessinaient des figures et se chargeaient de significations ; il sentait leur attraction comme une convocation et il pénétra plus profondément dans la coupe perlée de la nuit, il y vit une multitude de mondes potentiels, suspendus hors du temps et il ferma les yeux pour essayer de les ressentir au fond de lui-même, mais il ne sentit rien d'autre que du vide. Il tendit le bras pour arranger de nouveau la couverture autour de son père, il sentit l'os de son bras étiolé et ses doigts, qui retourneraient bientôt à la terre ; il resta assis à l'observer, les brouillards de leurs souffles se mêlant dans l'air glacé."

Les étoiles s'éteignent à l'aube, écrit par Richard Wagamesse en 2015, parut traduit en français en 2017 aux éditions Zoé. Extrait p.210.


Nous suivons le court voyage d’un père en quête de rédemption et d’un fils cherchant à comprendre d’où il vient. Natifs américains, nous y découvrons le poids de cette appartenance dans la société canadienne à travers le récit des personnages d’une façon si discrète et si digne qu’il en devient capital mais jamais explicite.

Nous apprenons dès les premières pages que les jours du père sont comptés et que son fils l’emmènera sur la terre des leurs ancêtres afin que celui-ci y soit enterré selon leurs traditions. Durant leur périple, le père racontera au garçon, au travers du récit de sa vie, l’histoire de ses origines. Son histoire prend alors la forme d’une confession avec tout ce que cela comporte : admettre sa lâcheté, ses torts et ses faiblesses, parler de ses émotions sans aucune retenue. Le genre de confessions qu’il n’est possible de faire que lorsque la vie prend fin.

En fait, c’est un récit de vie absolument bouleversant sans jamais être lourd, sans aucune mièvrerie. D’une certaine façon, les rapports humains sont assez brut. D’ailleurs l’auteur use de la puissance des non-dits. Un auteur lui aussi natif qui, au travers du choix et de l’immense richesse du vocabulaire descriptif de la nature, hors norme pour beaucoup d’européens, nous fait sentir la vie d’avant la colonisation, la vie de ces natifs pour qui la nature était non pas une entité à soumettre et à asservir mais bien quelque chose d’absolument indissociable d’eux, comme un prolongement de leur être. Nous pouvons alors nous demander ce que notre civilisation a pu leur apporter, et la réponse semble être, bah, pas grand-chose en fait… Bien au contraire, nous les avons contraints à abandonner leurs terres, à accepter des boulots alimentaires pour gagner un peu d’argent afin d’acheter ce qu’il n’était plus possible de faire pousser sur les terres … qu’ils n’avaient plus. Au-delà, nous leur avons vendus nos vices qui les ont dénaturés.

Mais j’insiste, ce livre n’est certainement pas une plainte ni un apitoiement sur la condition difficile des natifs, qui n’est que subtilement déductible. C’est un livre sur la filiation, la transmission, l’héritage et le pardon.

50 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

potichou@outlook.com

Poti'Chou

Versols

12400 Versols-et-Lapeyre

  • Facebook
  • Instagram

© 2020 Poti'Chou

0