• Olga

Le tout premier roman de l'histoire ...

Mis à jour : 19 oct. 2020




Ses murs ne résisteront pas, sa porte non plus. Sidouri la tavernière est seule et l'histoire de sa vie a été écrite par les dieux. Elle ne peut qu'accepter de la vivre. C'est son unique liberté. Alors, elle déverrouille sa porte et paraît sur le seuil. La colère de Gilgamesh tombe d'un coup. Sidouri suffoque. Elle résiste pour ne pas reculer. L'être, dont la haute sihouette la domine, pue comme un fauve. Il est sale, décharné, revêtu de loques de fourrures et ses yeux brillent d'un éclat effrayant. Gilgamesh, lui aussi, résiste pour ne pas reculer. Depuis des mois, il n'a rencontré que des bêtes, des obstacles, des épreuves mortelles. Et soudain, devant lui, la transparence d'une source, la légèreté d'un sourire, la fraîcheur d'une pâture... "Femme, dit-il de sa voix cassée par la solitude, tu m'a vu et tu as fui. Pourquoi? - Parce que ce n'était pas un homme qui courait, mais la mort. Et j'ai pris peur." La tavernière le voit désamparé par sa réponse. Elle regrette sa franchise. "Profite de ma maison, lui propose-t-elle. Bois ma bière. Repose-toi." Elle lui offre une gourde qu'il vide d'un trait. Puis il s'assoit contre le mur chaud de la taverne et entame une jarre de bière épicée. Les parfums de la boisson raniment sa mémoire, font reverdir son corps, comme l'Euphrate les jardins d'Ourouk. Il entend la voix de sa ville qui murmure. La fatigue tombe sur lui et la tristesse aussi.
"Parle, l'invite Sidouri. Je vois bien qu'un chagrin verouille ton coeur." Elle s'acroupit devant lui et prend sa main. "Confie-toi." Et Gilgamesh, dénoué par la douceur de Sidouri, commence à raconter. "Mon chagrin porte un nom : Enkidou. Il est né sauvage, dans la steppe, et j'ai eu peur de sa force. J'ai décidé de le briser et, pour cela, je lui ai tendu un piège afin de le changer en homme. Mais le piège s'est retourné contre moi : Enkidou est devenu mon ami. Je l'ai aimé. Il a illuminé ma vie. Avec lui, j'ai conquis la Forêt des Cèdres, vaincu Houmbaba son gardien, terrassé le Taureau d'Ishtar. De grands exploits ! Mais, un jour, la mort la couché et il ne s'est plus relevé. J'ai compris que moi aussi je me coucherai un jour et que plus jamais je ne me relèverai. Alors, j'ai décidé d'aller chercher la vie sans fin."

Le récit de Gilgamesh, adapté par Jacques Cassabois, ébauché par un ou plusieurs mystérieux inconnus vers 2300 avant notre ère et peaufiné par d'autre inconnus vers 1200 avant notre ère. Edité par Hatier en 2004. Extrait p. 62-63.



Il est vertigineux de se dire que la première ébauche de ce récit à été écrite il y a environ 4300 ans. C’est la toute première histoire gravée sur tablettes connue. Etrangement, peu de gens connaissent cette épopée, comme peu ont entendu le nom de Gilgamesh.

Et pourtant, il est exaltant de se dire qu’à travers ce qui est raconté ici, nous pouvons percevoir les principales interrogations des hommes anciens. Quelles sont-elles ? Tout d’abord, l’amour. L’amour absolu, non genré, quelque chose de transcendant au point de ne pas être compris et auquel même Gilgamesh, personnage puissant, indomptable et violent, succombe sans résistance. Et ensuite, la mort. Comment accepter le fait qu’un jour la vie prend fin ? Et enfin, le lien fort qui existe entre les deux. C’est ainsi, qu’à travers son épopée, Gilgamesh apprend que ce n’est pas dans une plante qu’il trouvera l’éternité, mais que l’éternité transcende la vie charnelle et se transmet par le souvenir que nous laissons.

Pourquoi gaspiller votre argent à acheter des livres sur le développement personnel lorsque vous pouvez trouver des réponses aux questions les plus fondamentales dans cette seule épopée ? Il y a plus de 4000 ans, un ou des mystérieux auteurs, ont gravé en Sumérien sur des plaques d’argiles l’histoire du roi Gilgamesh qui cherchait la vie éternelle. Ce roi qui, durant une épopée, a finalement compris qu’une vie morale et digne était la véritable quête de son existence.


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