• Olga

Le bûcher des vanités

Mis à jour : 19 oct. 2020






Judy prit les devants : - Laisse-moi essayer. - Eh bien... d'accord. - Chérie, dit Judy, Papa ne construit pas des routes ou des hôpitaux et il n'aide pas à les construire, mais il s'occupe vraiment des obligations pour les gens qui rassemblent de l'argent. - Des obligations ? - Oui. Imagine simplement qu'une obligation est comme une part de gâteau, et que tu n'as pas aidé à faire ni à cuire ce gâteau, mais à chaque fois que tu tends une part de gâteau à quelqu'un, une minuscule miette en tombe, et tu peux la garder cette miette. Judy souriait et Campbell aussi, qui semblait se rendre compte que c'était une plaisanterie, une sorte de conte de fées basé sur ce que faisait son papa. - Des petites miettes ? Dit-elle d'un ton encourageant. - Oui, dit Judy. Imagine de petites miettes, mais un tas de petites miettes. Si tu tends suffisamment de parts de gâteaux, alors, très vite tu vas avoir assez de miettes pour faire un gigantesque gâteau. - Pour de vrai ? Dans la vraie vie ? demanda Campbell. - Non, pas en vrai. Il faut juste que tu imagines ça. Judy regarda le père et la mère de Sherman, cherchant leur approbation pour cette description avisée du marché des obligations. Ils souriaient, mais sans trop de conviction. - Je ne suis pas certain que tu rendes les choses plus claires pour Campbell, dit Sherman. Mon Dieu... des miettes... Il sourit pour montrer qu'il savait que ce n'était qu'un badinage de déjeuner. En fait... il était habitué à l'attitude dédaigneuse de Judy envers Wall Street, mais il n'était pas très satisfait des ... miettes.

Le bûcher des vanités, écrit par Tom Wolfe en 1987, parut traduit en français en 1990 aux éditions Librairie générale française. Extrait p.322-323.



Au-delà d’une histoire narrée à un rythme tourbillonnant, prenant, parfois à couper le souffle, ce livre aborde toute la mécanique sociétale néolibérale : l’omnipotence des puissants, la victimisation comme outil de défense, le racisme, les effets dévastateurs du communautarisme… Sans oublier la mise à mort du prestige des métiers étatiques lié à la justice ou à l’éducation au profit de la création immédiate de l’argent à partir du néant.

Mais surtout, et le plus grave, l’abandon de la prise à la racine des problèmes sociétaux remplacés par la monétisation de la paix sociale. Tout s’achète donc. Or, cette histoire nous montre que cette stratégie n’est qu’un patch et ne mènera qu’à l’augmentation continue de la valeur monétaire de cette paix.


Enfin, par ce livre absolument grandiose, Tom Wolfe nous rappelle que ce sont les ambitions, les passions et les drames personnels des individus qui influencent les décisions qui sculptent la société et non l’inverse.

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